LA VILLE DE MOHORO, COMME CELLE DE MALÉ DANS LE BADJINI-EST, DANS LA PÉRIODE DU NÉOLITHIQUE ?
Entre juin et août 2023, la découverte fortuite d’un site archéologique dans une parcelle privée à Mohoro, lors de travaux de terrassement près de la route nationale, a suscité un vif intérêt scientifique et patrimonial. Alertés par la famille propriétaire du terrain, des bénévoles locaux et passionnés ont rapidement fait savoir l'importance historique de ce site archéologique, malgré le non suivi scientifique.
Mais ce qui nous intéresse ici, c'est les mobiliers archéologiques trouvés et la culture historique de ce site. Les premières observations ont permis d’identifier des mobiliers archéologiques remarquables ainsi qu’un fossé présentant des parois pouvant être associées à de l’art rupestre, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives sur l’histoire ancienne du sud de la Grande Comore.
Grâce aux clichés réalisés sur place par une équipe des jeunes bénévoles que nous avons sollicité, une interprétation typologique préliminaire des mobiliers qui peut offrir des éléments de datation a pu être engagée avec l'aide de l'un de nos mentors du laboratoire ARTEHIS – Archéologie, Terre, Histoire, Sociétés.
L’analyse comparative des formes, décors, techniques de fabrication, pâtes céramiques et indices métallurgiques suggère, dans une forte hypothèse scientifique, une occupation remontant vraisemblablement à la période néolithique. Certaines caractéristiques des objets étudiés témoigneraient d’influences ou de circulations anciennes liées à l’Égypte antique et à la côte est-africaine, révélant l’importance des réseaux culturels et maritimes dans l’océan Indien dès les périodes anciennes.
Comme à Malé dans le Badjini-Est, la ville de Mohoro semble désormais présenter des indices stratigraphiques, géoarchéologiques et rupestres majeurs pour l’étude du peuplement ancien des Comores. Ces découvertes rappellent l’immense potentiel archéologique encore enfoui dans l’archipel et l’urgence de conduire de véritables investigations scientifiques encadrées.
Malgré le non suivi scientifique de ce site archéologique qui, aujourd'hui fermé pour laisser place à une maison en brique, relève du ministère chargé de la Culture, mais la protection du lieu au titre de « Site Historique », un label que le Ministère chargé de la Culture peut procurer pour protéger notre patrimoine historique national, constituerait une étape essentielle afin de préserver ce patrimoine exceptionnel, véritable clef de compréhension de l’histoire du peuplement et des échanges culturels dans l’espace swahili et indianocéanique.
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