LE TRAITÉ COMMERCIAL SIGNÉ ENTRE LE SULTAN SAID ALI ET LEON HUMBLOT, NOVEMBRE 1885


    Le 5 novembre 1885, le naturaliste français Léon Humblot, envoyé aux Comores pour des explorations botaniques, signe un traité commercial avec le sultan Said Ali, souverain du sultanat de Bambao à la Grande Comore (Ngazidja). Ce contrat accorde à Humblot d'importantes concessions territoriales. Ce qui lui permet d'exploiter toutes les terres qu'il souhaite mettre en culture, en echange d'une redevance modeste et d'une assistance politique. En retour, Humblot s'engage à soutenir Said Ali contre ses rivaux et facilite l'établissement d'un protectorat français sur l'île, officialisé en 1886. Ce traité marque le début d'une influence économique dominante d'Humblot et ouvre la porte à la colonisation française de la Grande Comore.


Le voici : 


"A bord du Boursaint, rade de Moroni, Grande Comore, le 5 novembre 1885.

Entre les soussignés : son altesse Said Ali ben Said Omar, sultan de la Grande Comore et tous ses ministres, Mohamed ben Ahmet, Said Abane ben Cheikh Ahmet, Osman ben Ralid, Haissa ben Said, Souali ben Mohamed Fahaia, Mzé ben Kalfane, Ahada ben Moinidjou, Mohamed ben Isa, Bambaouma ben Mougne Mambo, Tamouben Ali, Abdallah ben Ahmet, Issouf ben Moinidjou, Moinjefoumou ben Aoussa, Abdrohamani ben Bemba, M'Bouana ben Moinigoussa, Azirbin ben M'Bambaouma, Ali ben Ivesi, d'une part ;

M. Léon Humblot, naturaliste français de l'autre ;

Art. I - Son Altesse s'engage à ne donner son pays, ou à ne le mettre sous aucun protectorat que celui de la France.

Art. II - Son Altesse donne à Léon Humblot le droit d'exploiter dans toute l'étendue de l'île toute richesses naturelles quelconque ( sic) et toutes les terres qu'il voudra mettre en culture ; ces terres sont données en toutes propriété sans impôt, ni location, avec faculté à L. Humblot de pouvoir, s'il le juge à propos, former une ou plusieurs sociétés pour les différentes branches de l'exploitation de l'île.

Art. III - Son Altesse s'engage à ne donner à personne sans l'assentiment du dit Léon Humblot des terres ou le droit d'exploitation.

Art. IV - Son Altesse s'engage à fournir des travailleurs qui seront engagés pour cinq ans à raison de 100 francs par tête et par an.

Art. V - Si dans l'avenir le sieur L. Humblot est arrivé à donner au pays la prospérité du travail et du commerce, Son altesse s'engage à prendre les mesures nécessaires pour arriver, dans un temps donné à abolir l'esclavage dans l'île de la Grande Comore.

Art. VI - Son Altesse garantit et répond des exploitations ou cultures qui pourraient être détruites par le fait de ses sujets.

Art. VII - L. Humblot s'engage à employer au bout de cinq ans d'installation dabs le pays au moins cinq cents hommes ; dans le cas contraire, son Altesse pourra donner les concessions à d'autres personnes.

Art. VIII - Léon Humblot s'engage à donner à son Altesse 10% sur les bénéfices réalisés dans les différentes branches de l'exploitation de l'île.

Art. IX - L. Humblot s »engage à verser à son Altesse, trois mois après la signature du présent traité, la somme de 5 000 piastres qui sera remboursable sur les travailleurs.

Art. X - L. Humblot s'engage à respecter les lois et moeurs du pays.

Art. XI - En cas de désaccord entre les deux parts ou héritiers de l'une ou l'autre part les différends seront tranchés par les tribunaux français.

« Signatures : L. Humblot, Said Ali ben Said Omar, Ch. Legros, Said Omar, Mohamed ben Said Omar, Tu Bae Ali Agi - Haada ben Niounidjou, Soili ben Mohamed Fahaia, Moindjefoumou ben Aoussa, Abdallah ben Amadi, Mohamadi ben Amadi, Said Habane ben Chei, Said Amadi ben Sidi, Mohamed ben Isa, Assouamni ben Alidini Ioussoufou ben Moignedjou, Tamou ben Ali, M'Bae ben Assoumani, Ali ben Ivesi, Boina ben Suognedjou, Houadjiri ben Bambaouma, Abderrahman ben Bemba, Mzé ben Kalfane, Bambaouma ben Mougne Mambo..."


Signé le 10 novembre 1885 "

Conclusion

   Ce traité, bien qu'il soit commercial, il est considéré comme un instrument inégal de la colonisation française aux Comores. Il a permis à Léon Humblot d'acquérir un contrôle important de la quasi-totalité de l'île, mais aussi en facilitant à l'établissement du protectorat français en 1886. Ce qui a permis à une hégémonie coloniale abusive jusqu'à l'annexion totale de l'archipel en 1912.


Par : Djounaidi ASSOUMANI

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