À QUAND LES INVERSTIGATIONS ARCHÉOLOGIQUES SERONT-ELLES PRISES AU SÉRIEUX DANS NOTRE ARCHIPEL
Dans cet archipel riche en histoire et en patrimoine
archéologique, les Comores regorgent de sites archéologiques qui témoignent
d'un passé très millénaire. Il est marqué par des influences arabes,
africaines, asiatiques et européennes. Pourtant, malgré leur potentiel immense
pour éclairer l'histoire de notre peuplement, de nos échanges commerciaux et de
nos pratiques culturelles, certains sites restent souvent négligés par les
autorités et les institutions scientifiques. Et son patrimoine culturel et archéologique
continue à se détériorer mais aussi en subissant un vandalisme accéléré. Quand
les investigations archéologiques seront-elles enfin prises au sérieux ?
Dans cette contribution, nous vous explorons
les sites reconnus d'importance historique sur l'île de Grande Comore
(Ngazidja), en soulignant leur valeur patrimoniale et la nécessité urgente de
suivis scientifiques rigoureux. Ces vestiges, allant de mosquées anciennes à
des fortifications en passant par des sépultures royales, méritent des
fouilles, des datations précises et une protection étatique pour préserver
notre héritage collectif.
1. Les Sites Archéologiques de Grande
Comore / Ngazidja
Grande
Comore, l'île principale de l'archipel, abrite une multitude de sites archéologiques
qui retracent l'évolution de la civilisation comorienne, depuis les premiers
peuplements jusqu'à la période des sultanats. Ces lieux, souvent datés
approximativement, offrent des indices précieux sur l'arrivée de l'islam, les
échanges maritimes et les structures sociales anciennes. Voici un aperçu
détaillé des principaux sites archéologiques, classés par ville ou localité du
nord au sud et d’est en ouest de l’île.
1.1. Mitsamihuli (XVIe - XIXe siècle)
Située au nord de l'île, Mitsamihuli
est une ville historique connue pour ses sites funéraires liés à des saints
musulmans. Ces sépultures, souvent ornées de pierres tombales sculptées,
pourraient révéler des éléments précieux sur l'archéologie islamique aux
Comores. Des fouilles ciblées permettraient d'analyser les pratiques
funéraires, les artefacts enterrés et les influences culturelles extérieures.
Malheureusement, sans investigations sérieuses, ces sites risquent de
disparaître sous l'urbanisation croissante.
1.2. Ntsaoueni (IXe - XXe siècle)
Ntsaoueni joue un rôle pivotal dans l'histoire de
l'islamisation de l'archipel. Cette ville côtière est associée à l'arrivée de
la religion musulmane et a déjà fait l'objet de fouilles partielles. Parmi les
vestiges notables : des sites archéologiques incluant des sépultures de saints,
des palais royaux en ruines, des mosquées anciennes et des fortifications. Ces
éléments, protégés théoriquement par l'État, méritent des relevés
d'échantillons pour une datation précise via des méthodes comme la carbone-14
ou l'analyse céramique. Une étude approfondie pourrait confirmer le rôle de
Ntsaoueni comme berceau spirituel des Comores.
1.3. Hahaya (datation inconnue)
Hahaya, avec ses sites archéologiques
variés, inclut des sépultures de saints et une mosquée ancienne. Bien que sa
datation reste floue, cette ville semble avoir contribué à l'expansion
islamique dans l'archipel. Des fouilles programmées pourraient élucider sa
place dans l'histoire comorienne, en examinant les strates archéologiques pour
identifier des artefacts pré-islamiques ou des influences swahilies.
1.4. Voidjou (datation inconnue)
Cette localité abrite une mosquée ancienne
et des sites funéraires liés à des saints. Les pratiques funéraires observées
ici, bien que non datées précisément, suggèrent des rituels anciens. Une
chronologie exacte, obtenue par des prospections archéologiques, enrichirait
notre compréhension des évolutions culturelles et religieuses sur l'île.
1.5. Ntsudjini (XVIIIe - XIXe siècle)
Fondée
relativement tard par rapport à d'autres villes, Ntsudjini a marqué la
"période des sultanats". Ses vestiges incluent des fortifications,
des mosquées anciennes, des sépultures royales, des palais et des portiques
traditionnels appelés "Bangwe" (places publiques pour les
assemblées). Ces éléments offrent un terrain fertile pour l'archéologie, en
éclairant les dynamiques politiques et sociales de l'époque. Des fouilles
permettraient de documenter l'architecture sultanesque et les échanges avec le
monde extérieur.
1.6. Itsandra
Au
même titre que Ntsudjini, la ville d’Itsandra incarne l'histoire des sultanats
avec ses fortifications, sa mosquée ancienne, ses sépultures royales, ses
palais et ses portiques "Bangwe". Cet ensemble de vestiges, souvent
bien préservés, mérite une prise en compte sérieuse pour des études
archéologiques, afin de cartographier l'évolution urbaine et culturelle de la
région.
1.7. Moroni
En
tant que capitale des Comores, Moroni regorge de vestiges diversifiés
disséminés dans tous les quartiers : fortifications, mosquées anciennes,
sépultures royales, palais et portiques "Bangwe". Ces sites, témoins
de l'histoire urbaine récente et ancienne, pourraient bénéficier de fouilles
urbaines pour révéler des couches archéologiques sous-jacentes, potentiellement
datant des premiers échanges maritimes.
1.8. Ikoni (XVe – XIXe siècle)
Ikoni
abrite des fortifications, des sépultures royales et de saints, ainsi que des
palais royaux. Cette ville était la capitale du sultanat de Bambao et le palais
de « Kapviridjohé » le siège du sultanat. Elle fait partie des
villes comoriennes qui ont exprimé ouvertement en se défendant contre les invasions
étrangères et la domination coloniale.
Sans datation exacte, ces éléments restent
énigmatiques. Des fouilles programmées pourraient fournir des données sur les
hiérarchies sociales et les influences architecturales, enrichissant le récit
historique des Comores.
1.9. Mbachilé (IXe - XVIIIe siècle)
Cette
ville possède plusieurs sites archéologiques et une mosquée ancienne ornée
d'inscriptions arabes anciennes, difficiles à déchiffrer. Le toit de la
mosquée, soutenu par des bois rares formant la charpente, est un exemple unique
d'architecture traditionnelle. Des analyses paléographiques et
dendrochronologiques pourraient dater ces structures et révéler des secrets sur
l'artisanat comorien.
1.10. Nioumbadjou
(ancienne résidence de Léon Humblot)
Nioumbadjou
est un site naturel exceptionnel, abritant environ les trois quarts des espèces
végétales mondiales, dont certaines endémiques aux Comores. Bien que non
archéologique au sens strict, ce lieu attire des botanistes internationaux pour
des études doctorales ou professorales. Des investigations interdisciplinaires
pourraient explorer les liens entre biodiversité et peuplement humain ancien.
1.11. Mdjoiezi
(Datation inconnue)
Mdjoiezi
offre des portiques "Bangwe", des sites funéraires de saints et une
mosquée ancienne. Cet ensemble culturel justifie des fouilles pour établir une
datation précise et comprendre les pratiques sociales locales.
1.12. Chindini
(XVIe - XXe siècle)
Ville
portuaire clé, Chindini a facilité les échanges commerciaux et culturels avec
l'Afrique continentale, l'Arabie et l'Asie. Ses sites archéologiques et sa
mosquée ancienne pourraient révéler des artefacts importés, témoignant de ces
interactions. Des fouilles maritimes ou côtières seraient particulièrement
fructueuses.
1.13. Ouroveni
(Datation inconnue)
Ville
côtière, Ouroveni conserve une biodiversité naturelle impressionnante, incluant
un site naturel. Bien que sa datation soit inconnue, elle pourrait abriter des
vestiges liés à des occupations anciennes.
1.14. Malé
(IXe - XIIe siècle, voire plus ancien selon des sondages récents)
Malé
est localité qui détient un gisement archéologique majeur, avec des sites
variés, une mosquée ancienne, des sépultures et un site naturel. Associée à des
figures légendaires comme l'astrologue-devin Bunambaba Moilimou, elle a
influencé la fondation des villes comoriennes. Des sondages récents, menés par
des collègues comme Ibrahim Moustakim (Moustakim, 2019 ; 2025), suggèrent une occupation plus ancienne,
nécessitant des fouilles approfondies.
1.15. Fumbuni
Ville
fortifiée emblématique de la "période des sultanats" et particulièrement capitale du sultanat de Mbadjini, Fumbuni abrite
des sépultures royales, des fortifications, des mosquées anciennes, des
portiques "Bangwe" et des sépultures de saints. Bien que son histoire
soit bien connue, ses vestiges méritent une protection et des études pour
préserver ce patrimoine.
1.16. Mohoro
(IIIe - IVe siècle)
Mohoro
est l'une des villes les plus anciennes des Comores plus particulièrement à la Grande Comore (Ngazidja). Elle détient plus de 16 sites
archéologiques dispersés repartis dans des lieux-dits différents. Des fouilles des années 1990 ont repoussé la datation
du peuplement comorien. Au d'là de ces sites archéologiques, on y trouve des mosquées anciennes, des sites naturels et des cités perdues. Un projet d'inventaire
patrimonial est en cours, promettant un classement des monuments pour favoriser
des fouilles futures et la protection de leur patrimoine culturel.
Mais seules les investigations archéologiques plus approfondies peuvent nous identifier l'appartenance typologique exacte de chaque site. Cet ensemble de sites archéologies est repartit en trois zones différentes. Il existe des sites côtiers, des sites urbains et des sites de la région mohoroise (sites archéologiques dans des cités-perdues, anciens territoires dont vivaient des communautés villageoises indépendantes qui sont à l'origine de l'actuelle ville de Mohoro ). Voici la liste de la plupart de ces sites archéologiques identifiés sur l'ensemble de cette ville :
A. Sites archéologiques à zone côtière :
- Mohoro 1 "Hakori" ;
- Mohoro 2 "Sada" ;
- Mohoro 3 "Itsimbi" ;
- Mohoro 4 " Ifumbu" ;
- Mohoro 5 "Souri" ;
- Mohoro 6 "Dandidju"
- Mohoro 7 "Nkububuni" ;
- Mohoro 8 "Bingubi" :
- Mohoro 9 "Yilendjeni" ;
- Mohoro 10 / Nioumadzaha "Ntsadju".
B. Sites archéologiques à zone urbaine :
Ces sites archéologiques se situent à l'emplacement de l'actuelle ville de Mohoro dans des lieux-dits différents. Pour le moment, nous avons retenu trois sites archéologiques. Il s'agit de :
- Mohoro 1 "Coulée de lave" ;
- Mohoro 2 " Parcelle de la famille Bourhane" ;
- Mohoro 3 "Parcelle de la famille koko Abkaria".
C. Sites archéologiques à zone forestière (cités-perdues) :
1.17. Bandamadji
[Domba] (Datation inconnue)
Chef-lieu
de la sous-région de Domba, cette ville a marqué les sultanats avec ses
sépultures royales, palais (comme Abidi Kopvendze), sépultures de saints,
mosquées anciennes et même des tombes européennes (portugaises). Des traits
socio-culturels étrangers y sont visibles, invitant à des études comparatives.
1.18. Mazuni
(XIIIe - XIVe siècle, disparue actuellement)
Aujourd'hui
un site archéologique, Mazuni éclaire l'histoire des sultanats et du peuplement
ancien de Grande Comore. Ses vestiges pourraient révéler des éléments sur les
migrations et les structures sociales médiévales.
1.19. Idjinkundzi
(Période inconnue)
Idjinkundzi a influencé la civilisation comorienne avec ses portiques "Bangwe", sa mosquée ancienne et ses pratiques funéraires. Des fouilles pourraient clarifier les aspects culturels et rituels.
1.20. Sidjou
Marquée
par les oppositions entre Oichili et Dimani pendant les sultanats, et par la
lutte coloniale, Sidjou abrite des sépultures témoignant de ces conflits.
1.21. Chomoni
(Période inconnue)
La ville de Chomoni
possède une mosquée ancienne offrant des perspectives sur l'archéologie
islamique, et des sépultures pour l'aspect culturel. Elle est aussi le berceau
du poète Ipvessi Mgomri dit "Bungala", dont le chant sur les déportés
est disponible dans l'ouvrage de Moussa Said Ahmed (Mshe Mhaza. La
Complainte d'Ipvessi Mgomdri dit Bungala, Études Océan Indien 3, 1983).
1.22. Koimbani
(Datation inconnue)
Riche
en histoire, la ville de Koimbani dans la région de Oichili est associée à Mbaye Trambwe. Ses vestiges incluent le
palais royal Dar Salama, des sépultures royales, une mosquée ancienne, des
portiques "Bangwe" et la place royale "Shangani".
1.23. Mbeni
(Période inconnue)
Importante ville pendant les sultanats, Mbeni abrite des palais royaux, sépultures royales et
une mosquée ancienne. Des fouilles permettraient une datation précise.
1.24. Hantsindzi
(Datation inconnue)
Hantsindzi
a marqué les sultanats avec ses sépultures royales, mosquée ancienne et sites
archéologiques.
1.25. Bouni
(Datation inconnue)
La localité de Bouni
livre des traits socio-culturels, avec une mosquée ancienne et des sépultures,
particulièrement dans la région Hamahamet.
1.26. Ivoini
(XIXe siècle selon certaines versions)
Ivoini,
marquée par les sultanats, abrite un site naturel riche et des sépultures.
1.27. Bangoi-Kuni
(XVIe - XXe siècle)
Ville
mythique, Bangoi-Kuni est liée à la navigation antique. Ses sites
archéologiques, fortifications et sépultures étrangères offrent des témoignages
oraux impressionnants.
Bilan
et Perspectives
Notre sol est riche en patrimoine culturel,
historique et archéologique, mais les relevés scientifiques restent
sous-exploités. Le défi majeur réside dans la datation exacte des sites,
souvent approximative. Avec des mobiliers archéologiques impressionnants,
l'archipel pourrait multiplier la création des musées dédiés à la conservation et à la
diffusion de ce trésor. Avant d'explorer les autres îles, appelons à une prise
de conscience : il est temps que les investigations archéologiques deviennent
une priorité nationale pour sauvegarder notre identité comorienne. Des projets
d'inventaire et de classement, comme à Mohoro, montrent la voie ; espérons
qu'ils s'étendent à tout l'archipel.
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